• Les Carnets d’Emilie 🌹

    Le Petit Monstre

    Il était une fois
    dans une vallée
    que les cartes avaient oubliée,
    un tout petit monstre.

    Il n’avait ni les plus grandes griffes,
    ni les plus longues cornes.
    Il avait un cœur débordant de vie,
    et de milliards de bêtises.

    Il poursuivait les lucioles,
    grimpait aux arbres interdits,
    mangeait les nuages
    et riait si fort
    que le soleil en oubliait de dormir.

    Alors,
    les plus grand lui ont appris la vie.

    Pour cette enseignement
    ils utilisaient les griffes
    plutôt que les mots.

    Chaque bêtise
    recevaient une punition plus lourde
    que la précédente.
    Chaque larme
    était accueillie par un grondement.
    Chaque sentiment
    était appelé faiblesse.

    Les grands monstres
    devaient sculpter son avenir,
    pourtant,
    ils ne sculptaient que
    ses fissures.

    Les saisons passèrent,
    Petit Monstre grandit
    et voulut se faire des amis.

    Ces petites créatures l’observaient
    comme on regarde une ombre
    au crépuscule.

    Elles firent un club
    où chacune avait sa place.
    Toutes,
    à l’exception de,
    Petit Monstre.

    Il apprit
    à avancer seul,
    à retenir des envies,
    à cacher ses larmes,
    à prendre moins de place.

    Les années s’écoulèrent
    emportées par le temps
    comme des feuilles par le vent.

    Un jour,
    au bord d’un lac
    presque paradisiaque,
    Petit Monstre aperçut son reflet.

    Il aurait aimé y retrouver
    celui qui chassait les lucioles.
    Mais l’eau,
    lui révéla le visage d’un monstre.

    Blessé,
    il brouilla son reflet.

    Il ignorait
    que son reflet
    n’était point lui.

    Les yeux des grands monstres
    étaient devenus les siens.

    Les regards des petites créatures
    avaient trouvé refuge en lui,
    en son cœur.

    Désormais,
    chaque fois qu’il verrait son visage,
    Il revivrait toutes les cruelles paroles,
    toutes les griffes,
    et tous les rejets.

    Ainsi va la plus terrible des malédictions.

    Il est douloureux
    de survivre aux monstres.
    Mais,
    il est quasi impossible
    d’échapper à ceux
    qui finissent par vivre
    à travers nos propres yeux.